Par ici, la définition du plancton est assez claire : tout être vivant aquatique ne luttant pas contre le courant est de ce fait planctonique. Une définition concernant donc non seulement des espèces marines que dulcicoles (vivant en eau douce). Seulement, dans ce vaste monde qu’est celui du plancton, de nombreuses espèces nous surprennent par le fait de leur présence… Ou bien de leur absence dans ce groupe.
Les habitués du mot « plancton »
Pour celles et ceux qui utilisent le terme planctonique pour désigner les groupes les plus communs en faisant partie, ceux-ci sont désignés : les copépodes, les diatomées, les larves d’animaux tels que de mollusques et crustacés… Malgré ça, certaines incompréhensions persistent dans ces « généralités » car dans le groupe des copépodes ou des diatomées, l’erreur serait de croire que toutes ces espèces sont planctoniques. Si l’on prend l’exemple de la sous-classe Copepoda avec laquelle nous désignons ces petits crustacés répandus dans tous les milieux aquatiques du globe, celle-ci ne représente pas moins de 10 000 espèces différentes ! Cela induit donc différents modes de vie, toujours aquatiques mais pas toujours planctoniques. Idem pour les diatomées, celles-ci comptent plus de 16 800 espèces répertoriées depuis 2024. Une partie d’entre elles est benthique (elles vivent sur une surface immergée comme une roche ou une algue) en formant une tige mucliagineuse ou bien un biofilm, cela les « empêche » d’être emporté par le courant et de devenir planctonique, bien que cela arrive régulièrement. Pour les larves d’animaux, une grande partie flotte et erre dans les eaux pendant un certain temps, les rendant temporairement planctonique. Mais, certaines espèces comme Littorina fabalis ou Asterina gibbosa, leurs larves n’évoluent pas en suspension dans l’eau comme le font les autres. Les conditions biotiques et abiotiques de chaque espèce déterminent dans quelle « boîte » elles sont placées : pélagique ou benthique, planctonique ou nectonique, etc…
Ils en font partie
Premier point de plus en plus connu chez le plancton : leur taille n’est pas que microscopique. Ce qu’on nomme le mégaplancton comprend de nombreuses espèces plus ou moins connues du grand public : les méduses, les vélelles, les physalies, les salpes…
Encore une fois, parmi ces groupes, toutes les espèces ne font pas partie du plancton pour les mêmes raisons que celles citées plus haut. Il n’en reste pas moins que certains mastodontes des océans en font réellement partie, telle que la crinière de lion ou la méduse Nomura, pouvant atteindre des tailles records !
En effet, la longueur exceptionnelle de la crinière de lion est dû à ses longs tentacules, ce qui la fait parfois dépasser celle de la baleine ! Son ombrelle peut atteindre plus de deux mètres de diamètre (imaginez une roue de tracteur, la plus grosse). La méduse Nomura, elle, a également des proportions exceptionnelles et se trouve principalement en mer du Japon. Au même titre que la crinière de lion, son ombrelle avoisine les deux mètres de diamètre et peut même dépasser les 200 kilos ! Néanmoins, sa longueur reste modeste du fait de ses tentacules bien plus courts, ce qui ne la descend pas du podium des plus gros cnidaires existant au monde, tout en restant planctonique !

La liste est encore longue, mais si l’on se tourne vers les mollusques et ses gracieuses représentantes, une se détache plus que les autres : la janthine. Lors des tempêtes et des échouements de physalies et vélelles, on y retrouve parfois de jolies coquilles bleues se dégradant vers le blanc. De la taille d’un escargot terrestre et vivant en mer comme les bigorneaux, la janthine a une manière de vivre bien plus particulière : elle flotte au milieu des océans à l’aide d’un radeau de bulles ! Et si on la retrouve avec les autres planctons échoués sur les côtes, c’est parce que elle aussi ne peut lutter contre le courant, c’est donc également un plancton !
Ils n’en font pas partie
Nous l’aurons compris, les gélatineux sont très souvent planctoniques lorsqu’ils sont pélagiques du fait de leur faible mobilité ou de leur « manque d’envie » (entendez par là qu’une locomotion active n’est pas vitale pour ces espèces, donc elles ne le font pas). Cependant, certaines méduses n’ont pas la forme libre que l’on s’imagine, en forme de cloche et décorée de nombreux tentacules. La première, présente dans toutes les eaux côtières du globe, ne vit pas comme les autres : elle ne nage pas mais rampe ! De la taille de seulement 3 millimètres à peine, les genres Staurocladia et Eleutheria ont transformé leurs tentacules pour s’adapter à une vie benthique. Maintenant bifides, leurs organes tout d’abord utiles pour la chasse et la défense ont gagné une « branche » avec des ventouses pour la locomotion. On peut quand même soulever le fait que l’espèce Staurocladia portmanni serait capable de nager mais leur vie benthique resterait majoritaire.

Dernier exemple de méduses n’ayant pas rejoint le plancton : les stauroméduses. À l’image d’une petite trompette munie de pompons, cette méduse vit à l’envers et fixée à un substrat. Là où certaines espèces de cnidaires passent une partie de leur vie en suspension dans l’eau (certaines vivent sous formes d’hydres par exemple, comme les obélies), ce n’est pas du tout le cas de ces petites méduses de quelques centimètres : de la larve à l’adulte, celle-ci reste benthique et ne rentre aucunement dans le plancton.


Et enfin, le grand nom du plancton qui depuis récemment est discuté par les scientifiques sur sa place écologique est : le krill. Ce « changement de camp » n’est pas clairement annoncé, mais de récentes études ont démontré qu’il est loin d’être passif contre un courant comme la définition du plancton le laisse suggérer, mais il peut même lutter contre certains courants ! Mais rassurez-vous, le krill peut toujours être nommé « zooplancton », il faut simplement se souvenir qu’il ne répond pas pleinement à la définition du plancton. Voici un lien vers un document anglais (pouvant être traduit) si vous êtes intéressés par la question :
https://link.springer.com/article/10.1007/s00227-025-04680-x
Un terme aux nombreux angles morts
Vous l’aurez compris, le terme planctonique ne fait pas exception : il comprend également de nombreuses… exceptions. En passant par les crustacés, cnidaires et autres gélatineux, on remarque ici que la taille, le poids ou encore la locomotion ne font pas tout. En plus des facteurs biotiques, comme le comportement d’une espèce, les facteurs abiotiques amènent de nouvelles dimensions qui portent avec elles des questions et donne l’exemple du krill où sa place se retrouve mis en suspens.
Cela donne donc comme dans cet article (https://www.observatoire-plancton.fr/plankton-or-not-plankton) des visions controversées sur certaines espèces suivant leur mode de vie et leur milieu avec lequel il peut interagir. Ceci donne une dimension importante à souligner lorsque l’on croise des espèces, planctons ou pas !