La vie dans une goutte d’eau

Le Plancton, un monde à l’envers

Les océans, peuplés d’une immense diversité d’êtres planctoniques, sont aux continents terrestres un univers tout autre, voire un monde à l’envers. Un monde où des plantes se meuvent d’elles-mêmes, ont un squelette… Un monde où des animaux ont trouvé l’immortalité…  de quoi remettre en cause nos connaissances les plus rudimentaires sur le monde du vivant !

Une frontière animale et végétale floue

Lorsque l’on regarde au microscope une goutte d’eau, on peut aisément observer çà et là des animaux, se mouvant par à-coups ou glissant grâce à des cils. Ces crustacés, mollusques ou annélides peuvent être accompagnés d’autres formes tout aussi mouvantes. Seulement, celles-ci sont loin d’être animales. Chez le plancton végétal il existe de nombreuses espèces capables de se déplacer, à l’aide de flagelles ou bien de glisser sur des substrats grâce à des protéines. Ce simple fait de se déplacer peut facilement tromper l’œil du débutant et faire passer un végétal pour un animal, erreur très rare au sujet des espèces terrestres !

Des dizaines de diatomées navicula qui se promènent en glissant sur la lame de verre

Le régime alimentaire peut également nous aider à différencier le règne animal hétérotrophe (qui se nourrit d’êtres vivants), du règne végétal autotrophe (qui se suffit à lui-même). Sur la terre ferme, ces façons de faire sont propres à chaque règne, avec néanmoins quelques exceptions comme les plantes carnivores. Or dans l’océan, certains végétaux, les dinoflagellés par exemple, vont jusqu’à se nourrir d’autres végétaux  ou même d’animaux …! C’est le cas de Dinophysis, responsable des interdictions de consommation de coquillages. On dit qu’il est mixotrophe : mélangeant la photosynthèse et l’assimilation d’autres êtres vivants.

Dinophysis sp, responsable des interdictions de pêche à pied via sa toxine diarrhéique

Les bizarreries du peuple gélatineux

Chez les gélatineux, nous retrouvons les célèbres méduses et apparentées, telles que les physalies ou les vélelles. Mais ce ne sont pas les seules dans ce groupe car les tuniciers (qui comprennent les salpes et les oïkopleuras) et les cténaires (groseilles de mer et béroés) font partie de cette espèce. Ce sont tous des animaux partageant des points communs, comme l’absence de cerveau, ou la présence de l’équivalent de dents ! Le béroé, cténaire de la taille d’une pomme de terre présent dans nos eaux en été, se nourrit de ses congénères gélatineux, et surtout de groseilles de mer. Lorsqu’il croise de trop gros spécimens  l’animal peut, dans sa bouche, solidifier des cils pour en faire des dents et croquer ses proies, morceau par morceau !

Beroe sp, nageant tranquillement dans les eaux du port tudy de Groix

La méduse Turritopsis dohrnii, animal minuscule de quelques centimètres, possède ce que les hommes recherchent depuis la nuit des temps : l’immortalité. On imagine qu’elle passera du stade polype (forme accrochée des méduses) à l’âge adulte et qu’elle restera ainsi toute sa vie. Mais cette méduse, arrivée en « fin » de vie, contrairement aux autres êtres vivants, ne se décomposera pas et reviendra à son premier stade : le polype. Elle redevient « nourrisson ».La boucle du cycle de la vie est bouclée !    

Turritopsis, méduse immortelle photographiée par Ylming Chen

On trouve aussi  chez les gélatineux, des colonies de salpes dépassant la centaine de mètres, des méduses plus grandes qu’une baleine bleue et des hydres d’eau douce dont l’espérance a été estimée à 1400 ans, mais la liste serait trop longue !

Qui est réellement à l’envers ?

L’apparition de la vie sur notre Planète s’est faite dans les océans, ces immenses espaces toujours mal connus que l’on découvre encore aujourd’hui. Toutes ces facultés étonnantes du vivant,  découvertes ces dernières décennies, n’ont rien de nouveau  car la grande majorité des espèces étudiées évolue depuis des millions d’années !

Les arbres sont apparus sur Terre bien plus tard que les diatomées et autres micro-algues qui, elles, savent se déplacer !

De même les méduses qui évoluent depuis plus de 650 millions d’années sont, dans l’évolution, un des premiers modèles de système nerveux. Le cerveau suivra …

Alors, si les micro-algues mouvantes sont apparues avant les arbres et les méduses avant les poissons et mammifères, qui est vraiment « à l’envers » ? Qui a dérogé à la règle appliquée par les premiers? Sur notre Planète, la vie sur les continents est bien plus récente que celle des océans. De quoi rendre les méduses curieuses de nos modes de vie !

Et si elles avaient eu un cerveau ? …

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