La vie dans une goutte d’eau

Les plastiques, utiles et toxiques

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Inventées dès la fin du 19ème siècle, en plein essor depuis les années 60, les matières plastiques font partie de nos vies quotidiennes : du sachet plastique jusqu’aux pièces automobiles, en passant par les revêtements et les emballages de toutes sortes. De plus en plus pratiques et adaptés à des usages spécifiques, ces matériaux sont devenus très utiles, voire incontournables, pour notre confort.
En Amérique du nord et en Europe occidentale, chaque personne utilise autour de 100 kg de matières plastiques par an.

Une pollution mondiale

Malheureusement, les déchets de matières plastiques provoquent une pollution importante des océans. En 1997, Charles Moore décrivait le « great Eastern Pacific garbage patch » dans l’est de l’Océan Pacifique. « Patch » signifie plaque, « garbage » poubelle. Pour décrire cette vaste zone, certains parlent de « continent de plastique ». Bien qu’exagérée – sa surface est remise en cause par des travaux récents – l’image rend bien compte de l’immensité du périmètre envahi par les matières plastiques. De son côté, l’expression « soupe de plastique » rend mieux compte de l’état de la mer dans laquelle on trouve jusqu’à
300 000 fragments de plastique par km², majoritairement des micro-plastiques d’une taille inférieure à quelques millimètres. On parle également de « trash vortex » (tourbillon d’ordures) pour exprimer le fait que les déchets dérivants se concentrent par l’effet d’un vaste courant marin giratoire (vortex = gyre) dont ils ne peuvent s’échapper.


Des recherches récentes ont mis en évidence un phénomène similaire dans l’Océan Atlantique nord (Sea Education Association, 2010) avec une concentration de déchets de 100 à 200 000 fragments par km² sur plus de 10 m de profondeur. En plus de ces deux gyres, il y aurait trois autres gyres susceptibles de contenir de grandes quantités de déchets : dans l’Atlantique sud, le Pacifique sud et l’Océan Indien.
Une accumulation de plastiques a également été observée en profondeur, sur le plancher océanique, notamment en Méditerranée, et des scientifiques ont trouvé des matières plastiques dans des zones reculées, y compris dans les eaux de l’Océan Arctique et dans l’Antarctique. Tous les échantillons prélevés dans l’Océan Austral par Tara en janvier 2011 contiennent des fragments de plastique, de toutes les tailles et de toutes les couleurs.
Les plastiques retrouvés dans les océans proviennent de décharges terrestres et de rejets depuis des bateaux. Plus spécifiquement, les microplastiques (< 5 mm) sont libérés par l’industrie plasturgiques ou se forment à partir de morceaux plus gros désagrégés par les vagues, le sel et les ultraviolets (lumière du soleil).

Le plastique, c’est quoi ?

Une matière plastique est un mélange contenant une matière de base (un polymère) et des additifs, et qui est susceptible d’être mise en forme à chaud. Le mot dérive d’ailleurs du latin plasticus, lui-même issu du grec plastikós, « relatif au modelage ».
Les matières plastiques couvrent une gamme très étendue de matériaux polymères synthétiques ou artificiels. On peut observer aujourd’hui sur un même matériau des propriétés qui n’avaient jamais auparavant été réunies, par exemple la transparence et la résistance aux chocs.
Liste non exhaustive de matières plastiques que vous connaissez certainement :
polystyrène, polypropylène (PP), polyéthylène (PE), polyesters, PVC, polyamides, acryliques, silicone, kevlar.
En l’an 2000, le polyéthylène et le polypropylène étaient les matières plastiques les plus produites. Leur principal usage reste les emballages. L’Europe produit 60 millions de tonnes de plastiques par an, soit ¼ de la production mondiale.
Les matières plastiques polluent car elles ne sont pas biodégradables et dégagent des gaz toxiques lors de leur combustion. Des recherches sont menées pour

mettre au point des plastiques incorporant des matériaux naturels (de l’amidon de mais par exemple) mais la température basse et le manque de lumière dans l’océan limitent leur dégradabilité en milieu marin.

Sources de micro-plastique, du nouveau

Parmi les travaux récents, des analyses sérieuses montrent que l’origine des micro-plastiques n’est pas seulement la fragmentation en mer des gros plastiques sous l’effet des vagues et du soleil, et la peinture des bateaux, comme on le croyait.

Les résultats montrent qu’une partie des micro-plastiques arrivent déjà sous cette forme dans les océans que ce soit par la voie des fleuves ou par voie aérienne. Ces particules sont notamment issues du lavage des textiles synthétiques et de l’usage des véhicules (usure des pneus, freinage), dans des proportions inattendues.

L’usure des pneus serait à elle seule responsable du dépôt océanique annuel de 100 000 tonnes de microparticules par voie aérienne (particules fines de moins de 10 microns) et 64 000 tonnes par voie fluviale d’après une étude de modélisation publiée mardi 14 juillet 2020 dans la revue Nature Communications. De quoi frémir !

Alors, on fait quoi ? Tout simplement, on continue à lutter contre le plastique. De nouvelles études cherchent à décortiquer l’impact des différentes actions possibles.
Elle montre qu’il est potentiellement possible de diminuer drastiquement la pollution par le plastique, à condition d’engager des moyens suffisants, sur tous les fronts : amélioration de la collecte et du recyclage, mais aussi remplacement du plastique par d’autres matériaux et bien sûr réduction de son usage (plastiques à usage unique notamment).
Le graphique suivant montre une possible baisse de 80% entre 2016 et 2040 en suivant l’ambitieux scenario 5 !

Étude du plastique sur les plages de Port-Louis

Face aux risques environnementaux et sanitaires que représentent plastiques et micro-plastiques, il est important d’évaluer localement la pollution des plages.
Depuis 2019, l’Observatoire mène une série d’observations sur les plastiques récoltées sur les plages de Port-Louis. Il s’agit de compter le nombre de débris et de trier la récolte par type de plastique pour identifier les sources principales de pollution.

En juillet 2020, une vingtaine de bénévoles a participé à l’opération.

Accueil des bénévoles par Antoine Charpentier (responsable de l’opération)
et Claudine Corneloup (administratrice).

Répartis par petites équipes sur les quatre plages de Port-Louis, les bénévoles ont ramassé tous les débris de plastique qu’ils ont pu trouver, depuis le haut de plage jusqu’au bord de l’eau. Une surface relativement étendue puisque la marée était basse.

La plage de l’Anse de la Brèche était la plus riche en morceaux de plastique.

En haut de plage, on trouve surtout des matières légères et volumineuses, comme le polystyrène, qui, poussées par le vent, finissent bloquées le long des murs qui bordent la plage. On y trouve également des preuves plus directes de la présence humaine (sac plastique, bouteille, …).
Dans la laisse de mer, on ramasse de nombreux petits plastiques fins à usage unique qui restent collés aux algues, des emballages de petits gâteaux notamment. On y trouve également des matières plastiques vraisemblablement arrivées sur la plage avec les algues (tissu, filet, …).
Enfin, plus bas, près de l’eau, il est courant de trouver des morceaux plus lourds comme un bout de tuyau.

Ramassage dans la laisse de mer (sans trop la manipuler)
Contenu du sac d’un bénévole.

Conclusion : beaucoup de plastiques à usage UNIQUE !

Des impacts à différentes échelles

Cette pollution massive altère la biodiversité des milieux marins en constituant un danger pour les mammifères, les tortues et les oiseaux de mer. La majorité des animaux accumulent des quantités importantes de déchets dans leur organisme; des centaines de milliers d’animaux s’étouffent avec les sacs
plastiques.

Par ailleurs, les scientifiques étudient de plus en plus les effets chimiques de cette pollution. On a découvert que les fragments de plastique concentrent les molécules chimiques toxiques également présentes dans l’eau de mer. La concentration de PCB sur du polypropylène est jusqu’à 1 million de fois plus importante que dans la colonne d’eau environnante, d’après des travaux de l’université de Plymouth (R.U.). Or, les microplastiques sont ingérés par de petits poissons qui les confondent avec le plancton; et ces petits poissons servent de « fourrage » à des poissons plus gros, à leur tour consommés par plus gros
qu’eux-mêmes … jusqu’à l’espèce humaine. Les micro-fragments de plastique constituent ainsi une porte d’entrée de produits cancérigènes dans la chaine alimentaire.

Lueur d’espoir : plusieurs études mettent curieusement en évidence une stagnation de la quantité de plastiques dans des zones surveillées depuis les années 80. Des scientifiques cherchent à comprendre si une partie des matières plastiques finissent par couler ou par être dégradées par des bactéries inconnues
à ce jour.

Des solutions préventives

Quelle que soit la conclusion des recherches sur le devenir des plastiques en milieu marin, il devient urgent d’agir pour stopper la pollution par les matières plastiques. Bien sûr, aucun moyen d’action ne permet de nettoyer la mer. Il s’agit d’agir en prévention. Le rapport annuel 2011 du Programme des Nations Unies pour l’Environnement souligne le poids de l’enjeu et insiste sur les solutions à mettre en œuvre : arrêt immédiat à l’échelle mondiale des sacs jetables, diminution des emballages jetables de façon générale, intensification des recherches sur les matériaux alternatifs biodégradables, développement du recyclage.

Le rapport conclut que des efforts doivent être entrepris en matière de collecte, de recyclage et de réutilisation des matières plastiques. En Europe, les taux de recyclage des matières plastiques pour la production d’énergie varient de moins de 25% pour les pays les moins engagés, à plus de 80% en Norvège et en Suisse.

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